Depuis 2011, le Département de l'Instruction Publique (DIP) de l'Etat de Genève met à disposition des enseignants et des élèves les outils en ligne et le Cloud de Google. J'ai pu interviewer Mr Laurent Bezault, conseiller en systèmes d'informations pédagogiques pour le DIP, afin de comprendre comment l'anonymat des élèves et leurs données personnelles sont préservées tout en profitant de la puissance des outils proposés par Google.
Quentin Bernigaud: Bonjour, actuellement, combien d'enseignants et d'élèves sont concernés
par le projet eduge.ch ?
Laurent Bezault: Le projet est disponible potentiellement à l'ensemble des 7390 enseignants
du DIP et les 24000 élèves de Secondaire 2. Il y a quelques expériences en cours pour les élèves du
collège, afin de les sensibiliser à l'usage des outils liés à internet.
QB: Depuis quand le projet est-il disponible auprès de ces utilisateurs ?
LB: Le déploiement de l'application est itératif depuis 5 ans afin de monter en puissance,
d'évaluer les risques et trouver des solutions pour les minimiser.
QB: Comment sont utilisés les outils de Google? Comment sont protégées les données
personnelles ?
LB: Les serveurs Google n'étant pas en Suisse, il ne doit pas y avoir de données personnelles
dans le système. Les échanges avec l'extérieur sont réduits au minimum: les mails peuvent circuler
mais pas les fichiers de la zone de stockage qui doivent seulement rester dans le cadre pédagogique.
Il s'agit de permettre l'usage du Cloud qui simplifie le travail collaboratif, tout en minimisant
les risques.
Ce projet permet de tirer partie des avantages du Cloud : accès depuis les appareils mobiles, depuis
les ordinateurs personnels à domicile, travail collaboratif (l'enseignant peut surveiller en direct
les travaux en groupes sur des documents électroniques).
QB: Google apprécie les informations sur les utilisateurs. Quelle mesures avez-vous prises
?
LB: L'annuaire de référence créé pour l'occasion ne contient aucune information sensible.
On y trouve seulement le prénom, l'établissement, la classe et le cours. Pour le nom, on utilise
une pseudo anonymisation en retirant les voyelles du nom. Par exemple, le votre serait
Quentin.Brngd.
Un système complètement anonyme gênerait les travaux en groupe. Celle solution intermédiaire empêche
la reconnaissance par des robots de traitement de l'information.
Ainsi, on peut connecter un système extérieur tel que Google Apps.
QB: Comme se passe l'adoption de eduge.ch ?
LB: Les utilisateurs sont assez contents. Il y a bien sur quelques contestations de la part
des supporters de l'open-source, car Google fait un peu peur. Il y a aussi un petit pourcentage
d'utilisateurs réfractaires aux nouvelles technologies et à l'utilisation du Cloud. Mais comme
l'utilisation de eduge.ch n'est pas obligatoire, cela n'est pas un souci.
Par contre, pour ceux qui ont souhaité l'utiliser, ils sont très contents de trouver de nouveaux
moyens pour faire évoluer leur pédagogie. Cela change aussi les façons de travailler : plus de
partage et de collaboration.
QB: Comment est assurée la sécurité des documents ?
LB: Le cloud de Google est évidemment redondant avec un accès permanent garanti. Il y a aussi
un contrat avec Google pour ne pas indexer les données du domaine ni faire de profiling des
utilisateurs. Les données restent en interne et les échanges avec le navigateur sont encryptés (par
le protocole https). Bien sûr on peut de poser des questions sur la NSA qui surveille Google mais ce
problème est plus global !
QB: Quel est le coût de la solution?
LB: La solution est payante pour les sociétés privées (environ 40 € par an et par
utilisateur) mais pour l'éducation et les organisations internationales, c'est gratuit et la zone de
stockage est illimitée.
QB: Quelle est la durée de vie des mails et des documents ?
LB: Les mails et les documents de l'élève sont conservés durant sa scolarité. Il peut
facilement les sauvegarder car ils sont dans des format open-data, c'est à lire lisible par des
produits libres. Quelques temps après son départ, son compte mail et ses fichiers sont complètement
supprimés des serveurs Google sans possibilité de restauration.
Google Apps for Work est une suite applicative en ligne, proposée par Google sous la forme d'un abonnement gratuit ou non selon les cas.
La suite inclut les applications Web de Google les plus courantes, comme Gmail, Google Drive, Google Hangouts, Google Agenda, et Google Docs.
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Le 14 Janvier 2016, Frédéric Prost, membre l'IMAG de l'Université Joseph Fourier (Grenoble) donnait une conférence qui comprenait une partie sur la confidentialité sur internet.
Le droit à l'oubli est abordé en lien avec la capacité de stockage de l'information toujours grandissante. En particulier, l'enregistrement massif des méta-données permet de tracer précisément tous les appels téléphoniques, car ces méta-données sont structurées et plus faciles à analyser.
L'avènement du Big Data implique plus de données disponibles et surtout plus de moyens pour traiter de grandes quantités d'informations. Par exemple la durée du décodage du génome humain est passé de 10 ans à … 3 jours en à peine 15 ans, pour un prix désormais inférieur à 1000$.
Frédéric Prost a présenté les applications du Big Data, qui vont de la publicité ciblée comme nous l'avons vu dans ce TPE, à la sociologie et jusqu'aux élections présidentielles (américaines dans son exemple).
Vu que la quantité de communications (et d'êtres humains) ne progressent pas aussi vite que le Big Data, il constate que la surveillance massive a déjà gagné la course du volume : on ne peut plus seulement se cacher dans la masse.
Plusieurs problèmes ont ensuite été décrits au niveau institutionnel :
En conclusion, la question n'étant pas comment arrêter internet (sa conception rendant cela quasiment impossible), les individus et les États se sont adaptés pour l'utiliser au mieux (Printemps arabe, Snowden dénonçant les agissements de la NSA) ou pire, pour contrôler les populations.
Le Big Data, c’est non seulement une masse considérable de données numérique, mais c’est aussi une
spectaculaire force de calcul informatique mise en œuvre pour les analyser,
dans le but d’en retirer une valeur ajoutée supplémentaire : dépistage de risques sanitaires,
découvertes spatiales, renseignement policier, développement de nouveaux modèles économiques,
prévisions climatiques, nouveaux procédés marketing, etc
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